Orléans est un roman de l’écrivain français Yann MOIX (1968-). Grasset, 2019, 262 pages.
Yann Moix a-t-il réussi à inventer un genre littéraire, « le roman d'humiliation », tel qu'annoncé en quatrième de couverture ? En tout cas, cette tentative déclenchera les passions médiatiques, littéraires et judiciaires. Preuve que les blessures d'enfance ne disparaissent jamais totalement ?
Orléans est l'histoire d'une enfance vécue sous l’humiliation et la violence parentale. Laisser tomber un yaourt, crier lors d’un cauchemar, lire un livre ou jouer du piano en cachette, chaque événement provoquera une tornade de coups et de moqueries. En dehors de cet enfer familial, le monde extérieur se montrera complice par son mépris et ses ricanements. La seule issue pour survivre sera la passion : celle de l'intellect, de la poésie, de l’écriture et tout compte fait de la vie.
Avec ce roman, Yann Moix débute une tétralogie intitulée « Au pays de l'enfance immobile » qui empruntera les noms de quatre grandes villes françaises ayant marqué son existence. L'aventure débute par Orléans (consacré à l'enfance et à l'adolescence), continuera avec Reims (les études supérieures - lire ici) et Verdun (le service militaire), pour terminer avec Paris (l'entrée dans le monde littéraire). Telle est la carte globale du projet.
Concernant les détails du territoire, l’auteur n’a pas manqué de structurer le malheur vécu par son narrateur : Orléans est divisé en deux parties, chacune découpée en périodes scolaires de la maternelle à la mathématique spéciale. Il s'agit donc d'une double histoire linéaire, qui forgeront le futur écrivain. C'est la rencontre d'un enfant blessé avec les livres et la poésie, la découverte d'une passion pour l'astrophysique et la philosophie, les premières désillusions romantiques.
Évidemment, ce roman est violent dans son propos. Il contient une accumulation d'humiliations et de sévices, que ce Yann Moix narrateur raconte d'une manière brute et précise quitte à ce que l'histoire en devienne parfois plutôt scabreuse. Au-delà de cette gravité narrative, l’écriture est très belle dans un style sobre et soutenu. Cette histoire du passé rend puissamment hommage à la passion, à l'idéalisme et à la force de la vie intérieure pour supporter la violence du monde.
Notons que l'éditeur présente l’ouvrage comme un roman en couverture, donc une fiction, mais comme un récit autobiographique sur son site web. De plus l'écriture en "je" et les déclarations publiques de l'auteur alimentent la confusion. Qu'en conclure ? Rien, si ce n'est simplement suivre l’innocence du narrateur : « Qui nous dit que, pour bien lire, il ne faille pas, justement, être resté un pur et strict enfant que les années ne sont point parvenues à travestir en adulte ? »
Cette première étape dans la tétralogie du pays de l'enfance immobile est une rude histoire d'humiliations, qui trouve sa beauté dans un style sobre et soutenu. A travers sa gravité, elle témoigne de l'étape cruciale qu'est l'enfance et d'un possible refuge dans la passion des mots.
« Tout est susceptible d’humilier un enfant ; la moindre remarque, la plus petite brutalité, un mouvement d’humeur, un geste violent peuvent s’inscrire à jamais dans sa chair, y gravant le texte de ses folies à venir, dont il sera le monomaniaque interprète et le jouet chevronné. Qui nous dit que la démence ne provient pas d’une humiliation de trop ? »









