Jacky est un roman de l’écrivain français Anthony PASSERON (1983-). Grasset, 2025, 199 pages.
Aaah les jeux vidéo... Quelle personne nostalgique des années 80-90 n'a pas connu la joie de recevoir ou d'offrir les premières consoles de salon ? Anthony Passeron nous emmène à cette époque, en retraçant l'origine de ces consoles comme fil rouge d'une histoire d'abandon paternel.
Dans la vallée niçoise, à la fin des années 80, des parents emballent un cadeau de Noël pour leurs jumeaux : une Atari 2600. En offrant cette console de jeu à ses enfants, Jacky leur transmettra sa passion. Et pourtant, ce père joyeux, rieur et aimant, finira par quitter le foyer, assombri par la pression de son travail de boucher et par des épreuves familiales. Plus qu'un divertissement, les jeux vidéo deviendront l'échappatoire de ses deux enfants pour supporter leur quotidien...
En 2022, dans son premier roman Les enfants endormis, l'auteur abordait déjà la thématique de la famille, autour alors de la question du sida. L'on retrouve dans Jacky l'oncle Désiré et la cousine Emilie, le métier de boucher, la vallée niçoise, les années 80, les conflits de générations, ainsi qu'un narrateur : Anthony. Il s'agit d'un retour vers ce même univers, fictif bien que construit sur une base autobiographique, afin de résoudre cette fois le mystère d'un père : Jacky.
Jacky cache deux histoires en une. Celle des premiers jeux vidéo structure la narration. En effet, le roman se compose de trois parties du nom des consoles : l'Atari 2600, la NES et la Mega Drive. Par de brefs chapitres, l'auteur synthétise leur émergence ainsi que l'évolution des jeux en présentant quelques titres emblématiques. La nostalgie émergera pour les lecteurs qui ont connu ces consoles. Pour les autres, l'effet sera le même que celui d'une page Wikipédia : informatif.
Ces chapitres constituent le fil rouge de l'intrigue familiale, à savoir la déliquescence d'une famille par la fatigue, l'abandon, le deuil, la maladie. C'est alors l'émotion et l'empathie qui ressortent du roman, laissant les jeux vidéo au seul rôle de refuge à disposition d'Anthony et de son frère, qui évoluent au milieu d'une vallée d'ennui et dans une familles où les hommes, d'une génération à l'autre,taisent leurs colères et leurs peines.
Il ne s'agit pas d'une histoire de lamentations. Au contraire, il en ressort une dignité dans la souffrance, avec la volonté de comprendre l'abandon paternel. Pour ces enfants, il s'agira de gérer la culpabilité et d'apaiser l'angoisse face aux bêtises des gens absents. Le point de vue de l'auteur est surtout sociologique : les individus sont déterminés par l'effet du groupe, le rôle de père par la norme sociale du village, le travail par l'émergence de la société de consommation.
Jacky est un roman touchant qui consolide l'univers narratif et autobiographique d'Anthony Passeron. Il transforme l'histoire des jeux vidéo en porte d'entrée surprenante vers la littérature et vers les émotions que ces deux arts peuvent procurer, voire apaiser, chacun à sa manière.
Extrait :
« De même que la progression technique des consoles de jeux permettait à nos machines de dessiner des paysages de plus en plus nets, il semblait que ma vision du monde des adultes s'affinait peu à peu. Elle ouvrait de nouvelles perspectives qui libéraient sans cesse des interrogations auxquelles je me promettais de trouver un jour une réponse ».

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