23 juillet 2025

ROUCHON-BORIE Dimitri - Fariboles

Fariboles est un recueil de l’écrivain français Dimitri ROUCHON-BORIE (1977-). Le Tripode, 2022, 154 pages. 

Côté cour, côté justice

Si, comme l'écrivait Shakespeare, « le monde entier est un théâtre et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs », l'activité judiciaire en est certainement l'une des plus belles scènes.  Un théâtre toutefois avec la réalité en coulisses, comme nous le rappelle ce petit livre. 

Sur la base de ses observations comme chroniqueur judiciaire en Bretagne, agrémentées de son imagination, l'auteur a compilé des scènes illustrant les déboires judiciaires de personnes d’apparence pourtant ordinaire. Agressions sexuelles en famille, prévenus alcoolisés à l'audience, phobie des gendarmes, chevreuil qui « se chasse lui-même » en se jetant sur une voiture, troubles de voisinage, Fariboles est un théâtre du judiciaire tel qu'il se joue d'une audience à l'autre.

Il s'agit d'un petit ouvrage dont il est difficile de présenter le genre. Du dialogue d'audience de quelques lignes jusqu'aux histoires romancées de plusieurs pages, l'ensemble de ces fariboles, une trentaine au total, apparaît aussi varié que les histoires judiciaires racontées. Un recueil très pratique pour de petits instants de lecture, bien qu'il soit difficile de s'arrêter ! Humour, cocasserie, mais aussi gravité et empathie rendent cette comédie sociale addictive. 

Si les fariboles sont définies par le Larousse comme des « propos sans valeur » ou des « choses vaines et frivoles », ce recueil dépasse la simple compilation d'anecdotes sans utilité. En effet, il pousse à une réflexion sur la fonction de juger et sur cette justice qui n'est juste que si elle est comprise par les intéressés. Ces fragments laissent aussi imaginer qu'il ne s'agit que la partie visible de la scène ; l'on aperçoit, dissimulés dans l'ombre, les sombres coulisses de notre société.

Petit ouvrage addictif, agréable à lire sur la forme et intéressant sur le fond, ces fariboles offrent au lecteur un éventail d'affaires, de la plus cocasse à la plus grave, qui dévoilent la réalité humaine ordinaire derrière le passionnant théâtre qu'est la justice. 

Extrait :

« L'avocat pose une main de franche camaraderie sur l'épaule du bouledogue. Qui la repousse d'un coup d'épaule hargneux, mais contenu. L'avocat retire sa main, comme on fait quand ça brûle. Il regarde la présidente. Elle ne moufte pas. Mais quelque chose s'éclaire dans son regard, à la manière d'une forte envie d'éclater de rire ». 

12 juillet 2025

KING Stephen - Salem

Salem est un roman de l’écrivain américain Stephen KING (1947-). JC Lattès, 2006 (1975), 830 pages. 

Dracula au pays de l'Oncle Ben

Un demi siècle ! Il y a déjà cinquante ans, soit en 1975, que le king du frisson littéraire, alors tout jeune romancier, voyait son deuxième roman publié : Salem. Une œuvre imposante autour de la figure du vampire, qui passera sous les yeux de plusieurs générations de lecteurs.

Au commencement de l'histoire se trouve Ben Mears. Ben est un romancier qui revient dans la ville de Jerusalem's lot, dans le Maine, vingt-quatre ans après l'avoir quittée alors qu'il était enfant, pour y écrire un roman sur « la faculté du mal à renaître »A peine arrivé, il apprend que Marsten House, une demeure inhabitée depuis des décennies du fait de sa réputation maléfique, a été vendue à de mystérieux étrangers dont la priorité a été d'installer de nouveaux volets...  

Bien entendu, Stephen King n'a pas inventé les vampires. Le récit vampirique se popularise à partir du 18e siècle dans l’essor des genres romantique et gothique. L'originalité est ici de l'inscrire dans un genre plus réaliste, américain, car il s'agit avant tout de l'histoire d'une ville, de sa population, avec les mœurs et le quotidien de l'Amérique des années 1970. L'esthétique d'ambiance, l'effroi et les sentiments des personnages ne sont que des invités dans cette réalité.

Il en résulte une longue mise en place, de plus de cent pages, dans laquelle, outre l'arrivée de Ben Mears, nous découvrons la vie d'une journée à Salem. Cette immersion paraîtra laborieuse au lecteur pressé d'être emporté par des pages haletantes et mouvementées. Heureusement, la (longue) suite contient des événements plus captivants, des dialogues à rebondissements réussis, ainsi que la possibilité de l'un ou l'autre frisson à condition de lire dans une ambiance nocturne. 

Ce huis clos local, dans lequel un romancier et ses acolytes s'improvisent chasseurs de vampires, questionne sur la capacité, tant de l'individu que de nos sociétés, à lutter contre les menaces internes et la peur de l'épidémie. A Salem, face au Mal, les enfants sont plus déterminés que la police, les croyances plus puissantes que la rationalité, et la combativité de quelques-uns, parfois naïve, combat les pulsions de mort. Salem est un revigorant citytrip d'introspection sociétale. 

Ce roman quinquagénaire reste efficace. Si la thématique vampirique n'est pas très originale et que la mise en place de l'histoire peut sembler longue, il s'agit d'une réussite par son intrigue finalement captivante, ses dialogues et sa dimension réaliste et sociétale sous-jacente. 

Extrait :

« Cody monta à Marten House par Brooks Road, et Donald Callahan, qui avait rarement vu la maison sous cet angle, eut cette pensée soudaine : Oui, elle surveille la ville, comme une sentinelle. C'est curieux, cela ne m'a jamais frappé auparavant. C'est un poste d'observation idéal, là-haut, juste au-dessus du croisement de Jointer Avenue et de Brock Street. La hauteur parfaite, un champ de vision sur Salem quasiment à trois cent soixante degrés. La bâtisse était énorme et tortueuse, et avec ses volets fermés, elle frappait l'imagination - un sarcophage démesuré, un monolithe, un symbole de malédiction ».