30 décembre 2023

FABCARO et CONRAD Didier - Astérix tome 40, l'Iris blanc

L'Iris blanc est une bande dessinée de l'écrivain français FABCARO (1973-) et du dessinateur français Didier CONRAD (1959-). D'après René GOSCINNY (1926-1977) et Albert UDERZO (1927-2020). Hachette, 2023, 48 (126) pages.

C'est une bonne situation, ça, influenceur ?

Changement de scénariste pour Astérix, qui accueille le talentueux Fabrice Caro, alias Fabcaro. Déjà reconnu pour ses romans, dont certains graphiques, l'on imagine avec malice qu'un peu de potion magique ne pourra qu'accentuer son humour sarcastique, empathique et absurde ! 

Direction donc la Gaule, en 50 avant J.C. Malheureusement pour César, les troupes romaines sont démotivées. Elles désertent leur conquête du dernier village gaulois. Vicévertus, le médecin-chef des armées, a la solution pour leur redonner la fierté du combat : leur inculquer une pensée positive selon sa méthode de l'iris blanc. A coups de sourire charismatique et d'aphorismes bienveillants, Vicévertus commencera par influencer l'ennemi pour diminuer son agressivité...

Astérix reste d'abord du Astérix, et non du Fabcaro. En effet l'on s'écarte un peu de l'univers purement absurde de cet auteur pour entrer davantage dans la caricature et la satire, à propos de nombreux sujets contemporains : évidemment les influenceurs qui détournent ou usurpent le développement personnel, mais aussi les transports, les commerces, l'alimentation, les grandes villes, certaines chansons, ainsi qu'une bonne crise de couple entre Bonemine et Abraracourcix. 

L'humour est omniprésent, sous diverses formes. Outre la caricature et la satire, cette BD est remplie d'innombrables jeux de mots, tel que l'« esprit sain dans un porcin » au milieu d'une chasse de sangliers devenus soudainement positifs et affectueux. Tout cela donne un relief comique bien réussi à un thème socio-politique sérieux : dépasser la naïveté et lutter contre un gourou influenceur qui neutralise ici la vigilance, la cohésion et l'authenticité de tout un village.

Le dessin est très coloré avec une grande diversité d'ambiances. Il alimente merveilleusement le scénario et l'humour grâce à son dynamisme, des répétitions de cases fixes et des visages remplis d'émotions. Aux cotés de ce Vicévertus très majestueux et tête à claques, l'on appréciera le visage ronchon et désabusé d'Abraracourcix. Et, bien sûr, Astérix et sa bonne moustache qui lui procure l'amusante détermination d'un scottish terrier, à défaut d’une présence plus marquée d’Idéfix. 

Enfin, mention spéciale pour l'édition grand format et son irréprochable qualité. Elle est agréable au toucher, semble indestructible et contient, outre l'histoire et ses planches originales, des compléments sur le monde d'Astérix et sur la création de cet opus. Pour un amoureux du bon papier et néophyte de cette bande dessinée, cette édition sera un régal et très intéressante. 

L'iris blanc est une BD drôle et intelligente, qui titille notre époque et se montre critique, par un humour touchant et satirique, face aux gourous usurpateurs d'une certaines pensée positive. Un ouvrage qui donne envie de (re)découvrir les 39 tomes précédents... Il reste un peu de potion ? 

Extrait : 

28 décembre 2023

KARLSSON Jonas - La Pièce

La Pièce est un roman de l’écrivain suédois Jonas KARLSSON (1971-). Actes Sud, 2016 (2009), 189 pages.

Trouble du spectre de l'absurde 

Le bureau est un endroit propice à l'observation et à la réflexion sur la condition humaine. Il s'agit désormais d'un lieu bien appréhendé par la littérature, dans différents registres. En Suède, Jonas Karlsson s'est lancé dans l'aventure avec Björn, un personnage singulier et... troublant.  

Björn vient d'intégrer un nouveau service dans l'administration. Peu à peu perçu comme arrogant et conflictuel, ce nouveau collègue rythmera l'ambiance de travail par des réactions sociales improbables, des journées programmées à la minute près, une recherche de l'ordre parfait et de la franchise dans les ambitions. Surtout, il deviendra obsédé par cette porte qui mène vers une pièce parfaite, inoccupée; un mystérieux refuge mental nécessaire à son équilibre.

La Pièce est un roman absurde. Comme l'écrivait Albert Camus, « l’absurde n’est pas dans l’homme, ni dans le monde, mais dans leur présence commune » (1). Une absurdité qui pouvait déjà se trouver sous l'angle de la bureaucratie, chez Kafka, avec gravité, par la confrontation d'un étranger avec un château (2). Ici, l'absurde bureaucratique dégénère en comédie d'entreprise, par l'intégration d'un fonctionnaire perturbateur dans le conformisme d'un service administratif.

Cette comédie est peuplée de personnages emblématiques, malmenés dans des situations toutes plus cocasses les unes que les autres. Le protagoniste, tellement imprévisible et insolent, anime impitoyablement l'histoireLe mot n'est jamais utilisé, mais l'on devine que Björn présente des traits d'un trouble du spectre autistique. Certains le jugeront incapable, drogué, pendant que d'autres exigeront la désignation d'un consultant pour savoir si cette pièce existe réellement...

Mais quel est le problème, dans cette histoire ? Cet individu incompris, qui travaille efficacement, avec ses spécificités, en dehors des convenances, ou bien la structure qui le juge car elle l'appréhende avec des œillères sociales et professionnelles inadaptées ? Certainement ni l'un ni l'autre, mais bien leur présence commune, source d'absurdité, qui, si elle serait navrante dans la réalité, a dans cette fiction le mérite de provoquer de nombreux sourires. Une pépite littéraire.

Fort de ses personnages savoureux, La Pièce est un excellent petit roman absurde et farfelu sur le thème du bureau. Tout cela en ouvrant l'esprit, par l'humour, sur le fait que les différences de fonctionnement peuvent constituer une source de complémentarité, plutôt que d'absurdité. 

Extrait : 

« Je crois qu'il est utile pour nous tous de considérer que nous ne sommes pas tous pareil, et que certaines personnes voient les choses d'une façon, comment dire ? un peu différente. Mais nous sommes des adultes, et nous devrions malgré tout réussir à fonctionner côte à côte. N'est-ce pas ? ».

(1) Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, Gallimard, 1942. 
(2) Franz Kafka, Le Château, Gallimard, 1938.

16 décembre 2023

MALTE Marcus - Cannisses suivi de Far West

Cannisses suivi de Far West est un recueil de nouvelles de l'écrivain français Marcus MALTE (1967-). Folio, 2017, 184 pages. 


Double concentré de folie

Telle une espèce de Netflix littéraire, un recueil de nouvelles peut avoir le pouvoir d'emmener irrésistiblement et rapidement le lecteur dans une diversité d'univers et de genres. Puisse un jour Marcus Malte proposer des abonnements mensuels pour ses nouvelles !

Cannisses est l'histoire d'un homme qui tente, avec ses deux enfants en bas âges, de retrouver ses marques après le décès de son épouse. A travers les cannisses de sa terrasse il observe la famille voisine. Eux sont en vie, heureux. Pourquoi eux et pas lui ? Comment pourrait-il, lui aussi, profiter de cette maison du bonheur au sein de laquelle la vie semble parfaite ?

Il s'agit d'une nouvelle terriblement addictive, qui transforme progressivement un deuil familial en une surprenante et malsaine folie de voisinage. Ce huis clos psychologique est l'histoire de la jalousie qui rend fou. Le style est clair, net, rythmé, parfaitement efficace. C'est impeccable.

Dans Far West, nous quittons la tranquillité des pavillons résidentiels pour des quartiers ruraux malfamés et des cellules de prison. Des quartiers d'une vieille Amérique où une police désabusée enquête sur des gens qui promènent des varans et sodomisent des lamas. Des cellules de prison où le méchant n'est pas toujours celui qu'on croit, des lieux ou naissent d'improbables amitiés.

Il s'agit ici d'histoires plus denses que Cannisses, du fait d'une grande richesse de personnages à déployer pour un format de nouvelle. Toutefois le style est à nouveau percutant, très cru et accrochant. Far West, c'est le mythe des cowboys et des indiens, version violence moderne. Ça parait simple, mais finalement on ne sait plus qui est le bon, le mauvais, le justicier ou la victime. 

Qu'il s'agisse de la vie derrière les cannisses ou derrière les barreaux, Marcus Malte offre deux percutantes histoires autour de la solitude et de la violence. C'est impeccable, addictif et rempli de péripéties et d'émotions; on en redemande !

Extraits:

(Cannisses): « Je sais que c'est à l'intérieur de ma tête mais de temps en temps je sens une forte odeur de cramé, ça me saute au nez sans prévenir, ça me saute à la gorge. la foudre nous a frappés. Le malheur. Nous et pas eux. Ca se joue à si peu de choses: le même lotissement, la même rue, mais pas le même numéro. Pair ou impair. On n'a pas misé sur le bon. C'est ma faute, je le reconnais. Mais permettez-moi de croire que tout n'est pas complètement perdu ».

(Far West): « Les morts se souviennent, il a dit. Ils n'oublient pas. Ils ne pardonnent pas. Ils nous poursuivent. Les morts sont bien pires que les flics. Tant qu'on n'a pas réglé nos dettes, ils ne nous lâchent pas. Jamais. Où qu'on aille, où qu'on se cache, ils nous retrouvent. Les morts ont tout leur temps. Ils ont l'éternité pour eux. Il n'y a aucun moyen de leur échapper ».

25 novembre 2023

RHINEHART Luke - Invasion

Invasion est un roman de l'écrivain américain Luke RHINEHART (1932-2020).  Aux forges de Vulcain/Points, 2018 (2016), 477 pages.


De la ludocratie en Amérique

Citoyens trop sérieux s'abstenir ! Ce roman de Luke Rhinehart, le dernier écrit avant sa mort, est sans surprise guidé par l'anticonformisme. Cette fois par les chemins de la rigolade et du jeu, vus comme des remèdes aux injustice et à la violence de la démocratie américaine. Let's play !

Billy a été élevé dans un esprit américain traditionnel. Par amour, il deviendra hippie. Par fuite des humains, il deviendra capitaine d'un chalutier, sur lequel apparaîtra Louie, une amusante et mystérieuse créature. Or, avec son épouse et ses enfants, ils découvriront que Louie utilise leur ordinateur pour pirater des réseaux, appauvrir de grandes entreprises et perturber les relations internationales. Son objectif ? S'amuser et créer une civilisation pour tous les être vivants... 

Ce dernier roman de l'auteur est l'ultime déclinaison de l'esprit de détachement et de liberté qui guide son œuvre. Après notamment L'Homme-dé (lire ici), dans lequel un psychiatre quittait la rationalité pour prendre ses décisions en lançant des dés, et Vent Blanc, Noir Cavalier (lire ici aussi), dans lequel la poésie et l'humour servaient d'échappatoires à la violence d'une société sanglante de classes, Invasion décrédibilise la gravité de la civilisation par le jeu et la rigolade.  

Ce roman est très politique. En effet, l'auteur utilise le thème classique de la rencontre extraterrestre pour apporter une critique de l'esprit américain dans ce qu'il a de plus guerrier, conservateur et économique. Dans sa lutte contre Louie et ses comparses, l'autorité sera ainsi ridiculisée en voulant anéantir des « ballons de plage vivants », par ses enquêtes inefficaces, ses infractions improbables, jusqu'à l'idée d'utiliser des armes ultimes sans la moindre réflexion.

Entre les extraterrestres et ces autorités obsédées par un contrôle répressif, la famille Morton se retrouvera naturellement dans une situation bien délicate. Eux qui doivent gérer leurs propres tourments, leur vie conjugale, la relation des enfants avec Louie, ainsi que leur implication forcée dans cette « anarchie sympathique ». Cet entremêlement d'intrigues et de situations mène, lors de cette lecture, à de bons et drôles moments de rebondissements et de complicité familiale. 

Enfin, l’écriture est très américaine, concrète, ancrée dans la réalité factuelle. Les chapitres se présentent sous la forme d'une alternance entre différents récits, avec plusieurs angles de vue personnels et officiels sur l'histoire, ce qui apporte une variété de styles et surtout un rythme qui permet d'éviter la lassitude face à la longueur parfois superflue du roman. 

Invasion est un roman un peu long mais qui apporte une bouffée d'oxygène par son originalité et sa critique sociétale. Cette invitation extraterrestre au jeu et à la rigolade ramène du plaisir dans une société parfois trop pesante ; amusez-vous donc bien, ne serait-ce qu'à travers cette lecture ! 

Extrait : 

« Si tu essaies sérieusement de détruire le système, tu n'y arriveras jamais. C'est quand on s'amuse qu'on peut transformer une civilisation. Si tu te bats contre le système, le système absorbera tous tes coups : c'est comme faire de la boxe dans une piscine de mélasse. Il faut changer sa façon de vivre. Apprendre à s'amuser. Se foutre de la gueule des dictateurs, et non se battre contre eux. Alors, alors seulement, le système va changer, évoluer, lentement ».

21 octobre 2023

COURTES Franck - A pied d'oeuvre

A pied d’œuvre est un roman de l’écrivain français Franck COURTES (1964-). Gallimard, 2023, 184 pages.


Écrire ou manger, faut-il choisir ?

« Il n'y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes gens ! » : un proverbe que d'aucuns se retiennent d'exprimer s'il s'agit d'un métier artistique... surtout quand il s'agit de quitter une carrière établie pour vivre avec incertitude d'une nouvelle passion. Franck Courtès est-il un sot ?

Photographe professionnel durant plus de vingt ans, l'auteur a ressenti, en 2011, un manque de sens et une perte de plaisir qui l'ont conduit à se vouer à un nouvel art : l'écriture. Pour survivre financièrement, il fut contraint de réaliser, au prix le plus bas, de pénibles travaux chez des particuliers alors qu’il ne disposait d’aucune affinité manuelle. A travers son personnage, il raconte ici la « docilité du pauvre » qu'il endossa sous le regard déconcerté de son entourage. 

Sur une base autobiographique, ce roman captivant aborde tout d'abord le sens du travail, la pauvreté, ainsi que l'exploitation des travailleurs par l’ubérisation du marché. En effet, le protagoniste dépend d'une application sur laquelle les travailleurs sont mis en concurrence, avec d'évidentes dérives. Au fil des chantiers, l’auteur questionne ces enjeux de manière très factuelle, dans un registre entre la consternation, un humour allégeant, la dérision et la critique sociétale.

Il s'agit également d'un roman de la rupture avec un milieu, celui de la bourgeoisie. En effet, alors qu'il disposait d'un confort matériel et relationnel évident, le protagoniste effectue son revirement professionnel dans un contexte de fracture assumée avec sa propre famille et ses propres amis. Leur incompréhension, leur inquiétude, parfois leur condescendance, le mèneront à se sentir de plus en plus seul, et en tension, face aux difficultés de son propre chemin de vie. 

Surtout, c'est un roman de la passion artistique. Le seul regret est ce silence sur l'assiduité créative en dehors des chantiers. Nous ne saurons pas comment trouver la force d’écrire en état d'épuisement, ou comment se concentrer, s'inspirer, malgré un quotidien de rupture et d'insécurité. Cela étant, il ne s'agit pas d’un manuel de coaching d’écriture mais d’une histoire de survie alimentaire, pour laquelle la passion, l’empathie et la vocation sont les seules boussoles. 

A travers son personnage, l’auteur n’apparaît ni malheureux ni démoralisé. Chaque chantier est difficile, mais il les appréhende avec courage, humour et comme de « véritables moments de détente » qui le déchargent des inquiétudes mentales. C'est un message de détermination, basé sur la passion de l’art et de l’écriture. L'auteur ne vit pas ses difficultés comme des choix ou de la fatalité, mais bien comme le seul mal nécessaire à la poursuite enthousiasmante de sa vocation. 

Cet ouvrage parlera aux personnes qui tentent de vivre de leur passion dans un environnement économique qui n'a pas d'yeux pour elle. Avec style, humour et esprit critique, Franck Courtès témoigne qu'il reste possible de créer une œuvre qui peut faire, au moins, la fierté de son auteur.

Extrait :

« L’attente m’oblige à considérer plus longuement la misère qui m’entoure. Moi qu’on a élevé dans la morale, dans le droit humain, version moderne du droit chemin, sur le velours d’un canapé Habitat, devant des programmes choisis de France Télévision, le latin à Henry-IV, et Truffaut, et Molière, et le tennis le samedi ! Cette vérité soudain, là sous mes yeux, dont je sentirais l’odeur si j’entrebâillais la vitre, de l’Homme au fond de la fosse. La misère, la peur, la déchéance. Cette vérité simple, résultat d’autres vérités plus complexes, d’une économie malsaine, patraque, souffrant de calculs vénaux. Ça ne vaut pas grand-chose des hommes comme ceux-là. Ils vont où on les pousse. Ils pissent là où ils se trouvent, pour ne pas perdre leur place dans la file. Ils piétinent cette boue. A ne pas bouger, on les croirait mourant, avec juste ce qu’il faut de vie pour se tenir debout, pour taper du pied. Pour un peu, si près de la déchetterie, on les confondrait avec des ordures ».

01 septembre 2023

MOIX Yann - Reims

Reims est un roman de l’écrivain français Yann MOIX (1968-). Grasset, 2021, 285 pages.

Hautes études branlettes commerciales

En 2019, nous laissions Yann Moix à Orléans (lire ici) avec ses difficultés scolaires, ses frustrations amoureuses et ses humiliations en tout genre. Une violence existentielle qui reste d'actualité pour la deuxième étape de sa tétralogie « Au pays de l'enfance immobile » : Reims.

Moix, en jeune personnage issu d'une classe de mathématiques spéciales, féru d'écrivains et de littérature, se retrouve à l’École supérieure de commerce de Reims après l'échec d'accéder à de hautes études scientifiques. Dans une ville qui le rebute, il entame ces études avec son attelage de démons intérieurs. Le marketing ? Très peu pour lui. La compagnie de camarades enjoués qui idéalisent la réussite ? Encore moins... Seul objectif : tenir le coup dans l'ennui et le dégoût.

D'emblée, remarquons que l'auteur et son éditeur se sont prémunis face à la difficulté d'être à la fois écrivain et protagoniste, ce qui avait déchaîné les passions (et les procès) lors de la parution d'Orléans. L'ouvrage est à nouveau présenté comme un roman, donc une fiction, avec cette fois un avertissement selon lequel les ressemblances avec la réalité ne sont que des coïncidences « au nom des droits imprescriptibles de l'imagination ». Sarcasme ou sincérité ? Vaste débat...

Il est en tout cas certain, sur le plan du style, que Reims est dans la continuité de l'opus précédent. L'histoire est claire et agréable à lire, par sa narration classique qui évite toutefois le pompeux. Yann Moix n'a plus à démontrer son sens de la formule. Par ailleurs, nous retrouvons une structure claire, qui reprend à nouveau la chronologie des années d'études. Tout apparaît donc en parfaite cohérence de forme avec le début de la tétralogie.

En revanche, là où Orléans couvrait l'enfance et la scolarité, soit plus d'une décennie, Reims concerne trois années d'études supérieures. Cela réduit les choses à raconter et donne une une impression de narration qui tourne en boucle : ennui dans les études, frustrations amoureuses, isolement, fréquentations douteuses, la littérature puis l'autodestruction. Une histoire avec, dès lors, moins de chemin de vie et de rebondissements pour un livre de surcroît un peu plus long.

C'est dans ce cadre que le fil rouge du roman est abordé : que reste-t-il pour un jeune homme lucide qui n'aime pas ses études, ne croit pas en l'avenir et ne supporte pas d'être rejeté par les filles ? Le lecteur ne devra pas s'attendre à découvrir une sagesse exemplaire et politiquement correcte. En effet, la réponse est ici l'alcool, les branlettes, l'oisiveté et la frustration littéraire. Mais peut-être s'agit-il tout simplement du vécu nécessaire à la naissance d'un futur écrivain.

Avec un style aussi impeccable que celui du premier opus, Reims est une histoire qui a toutefois tendance à tourner en boucle dans l'autodestruction. Dommage de ne pas y retrouver la puissance émotionnelle et les idéaux salvateurs d'Orléans. Prochaine étape : Verdun

Extrait : 

« J'étais pénétré de mort, mais une lumière, infime et vertébrale, nue, vint me visiter. Ce fut mystique : dans cette écœurante confiture de futurs diplômés satisfaits, une embrasure me souriait  la littérature. J'étais certain cette fois de ma vocation. Rater sa vie, être calomnié par les événements, m'apparut comme une façon d'accéder à ce ciel  ».

17 juin 2023

MANZAREK Ray - Le poète en exil

Le poète en exil est un roman du musicien américain Ray MANZAREK (1939-2013). Aux forges de Vulcain, 2021 (2001), 272 pages. 


Morrison Hotel

En 1971, Jim Morrison, alors exilé à Paris, mourrait à 27 ans. Poète, chanteur flamboyant, agitateur fracassant, son talent et son charisme égalaient son mystère et ses démons. Il laissa des musiciens et amis endeuillés, dont le claviériste du groupe, Ray Manzarek, qui en tira ce roman.

L'histoire débute avec Roy, un claviériste tourmenté par l'enterrement, à Paris dans les années 70, de Jordan, dit le Poète, le chanteur de son ancien groupe. A l'époque, des rumeurs évoquèrent un faux certificat de décès et un cercueil rempli de sable.  Trente ans plus tard, Roy reçoit plusieurs poèmes signés d'un mystérieux "J.". Sur ces cartes postales, l'écriture du Poète et un tampon des Seychelles. Un indice suffisant pour que Roy s'envole rechercher cet ami fantôme... 

Ecrivons-le tout de suite : Roy va retrouver son ami. Divulguer cet évènement qui arrive très tôt dans l'histoire (page 60/272) est nécessaire pour rendre un juste hommage à cette œuvre, car la véritable intrigue n'est pas la recherche de ce poète disparu. En effet, la substance du roman, le cœur de ce qu'il apporte, n'est pas cette brève enquête de Roy mais bien le pèlerinage de Jordan après avoir simulé son enterrement et la beauté des retrouvailles entre ces deux amis.

Ainsi, il s'agit d'une histoire d'apprentissage écrite avec le cœur. Ray Manzarek démontre qu'un bon musicien peut faire un bon écrivain, en imaginant cet artiste démoli par ses addictions et sa célébrité et qui orchestrera sa mort pour entamer un voyage vers l'apaisement. Ce roman permet de vivre par procuration l'exil de soi-même, des rencontres décisives, de la solitude salvatrice, de l'amour et, surtout, des instants mystiques de reconnexion à l'énergie vitale de la nature.

Ce pèlerinage est raconté dans un très beau style, par des retrouvailles dans la chaleur et la simplicité des Seychelles. Elles ravivent une amitié touchante rythmée par la complicité musicale. Face à la nostalgie des tourments, la nouvelle personnalité du Poète apporte une énergie solaire, régénératrice et apaisante. C'est la puissance de la vie en action, sans faire fi de sa gravité. L'issue est remplie d'émotions, comme lorsque l'on quitte un bel hôtel pour retrouver la réalité de la vie. 

Enfin, comme l'écrit en fin d'ouvrage le traducteur et journalise culturel Gorian Delpâture, cette fiction est bourrée de références biographiques sur les Doors. Gorian Delpâture s'est amusé à les lister. Sa note réjouira les passionnés de ce groupe en leur permettant, avant de refermer le livre, de découvrir s'ils avaient relevé tous ces clins d'œil de l'auteur durant leur lecture.

Le poète en exil est une très belle histoire d'amitié, d'amour et d'énergie vitale. Une évasion dans les Seychelles solaire et positive, sans être nunuche. En 2013, Ray Manzarek a rejoint Jim Morrison ; puissent ces retrouvailles avoir été aussi belles que celles imaginées dans ce roman.

Extrait :

« Peut-être pourrais-tu composer une musique qui se rapproche de cette beauté. Tu sais, comme quand tu faisais la pluie sur notre chanson à propos de cet orage à Joshua Tree. Sauf que cette fois, au lieu d'une mélancolie sombre et maussade, elle serait légère comme une plume. Pour faire entendre aux gens ce que tu entends maintenant, et peut-être leur faire sentir un peu de ce que tu ressens maintenant. Ils aimeraient partager cette ivresse, cette chaleur. C'est ce que la musique est censée faire, n'est-ce pas ? ». 

15 mai 2023

HORVILLEUR Delphine - Il n'y a pas de Ajar

Il n'y a pas de Ajar est un ouvrage de l'écrivaine française Delphine HORVILLEUR (1974-). Grasset, 2022, 90 pages. 


Se démultiplier pour mieux devenir

A travers son œuvre littéraire, Romain Gary fut un véritable caméléon. Parmi ses nombreux pseudonymes, celui d'Emile Ajar fut le plus remarquable et remarqué, jusqu'à lui procurer un second prix Goncourt. Une fuite identitaire source de réflexions, encore 40 ans après son décès. 

En effet, la rabbin française Delphine Horvilleur a six ans le jour où Romain Gary se donne la mort, le 2 décembre 1980. Ce romancier deviendra son dibbouk, à savoir un « revenant qui vous colle à la peau ou à l'esprit, un être dont l'âme s'est attachée à la vôtre pour une raison mystérieuse, et qui ne vous lâche plus ». Elle consacre ce petit livre à cette filiation intellectuelle, voire personnelle, à travers un tourbillon de réflexions sur l'identité et le judaïsme.

Cet ouvrage se situe à la croisée de l'autobiographie et du roman. En effet, dans la seconde partie du livre, le témoignage laisse place à la fiction. Nous découvrons le monologue d'Abraham Ajar, un fils imaginé du fameux pseudonyme Emile Ajar. Dans une cave métaphore de l'inconscient de tout un chacun, Abraham rejoint la réflexion identitaire de l'ouvrage en décidant de dire merde. « Merde à l'identité. Merde à tout ce qui te fait croire que tu n'es rien d'autre que ce que tu es ». 

L'auteure aborde ainsi de nombreux sujets, peut-être un peu trop pour être pleinement traités dans un ouvrage de si petite taille. Si la thèse de l'œuvre est claire, les développements apparaissent parfois ambigus et superficiels. De surcroît, des prérequis religieux ainsi qu'une connaissance des romans de Romain Gary/Emile Ajar sont nécessaires pour saisir certaines références et allusions. Certains passages divulgâchent d'ailleurs l'intrigue de ces romans. 

L'on en retiendra que tant Delphine Horvilleur que son personnage Abraham Ajar nous recommandent de toujours être en chemin, en devenir, sur le plan de l'identité. De rester à distance des stéréotypes et des injonctions cloisonnées. D'autres filiations que la seule naissance permettent d'emprunter ce chemin, telle que la filiation littéraire avec un dibbouk aux multiples facettes. Souhaitons à chacune et chacun de connaître la joie d'identifier le sien.

Cet ouvrage introspectif, entre hommage littéraire et réflexions identitaires, plaira aux personnes initiées à Romain Gary et passionnées par le judaïsme. Pour les autres, peut-être vaut-il mieux qu’ils consacrent leur temps de lecture à découvrir l’œuvre de Romain Gary lui-même. 

Extrait :

« Son pseudo fut un dernier pied de nez au morbide qui vous rattrape toujours, mais qu'on peut tromper un temps avec un peu de panache, avec une manigance littéraire qui interdit à l'homme de n'être que lui-même. A travers Ajar, Gary a réussi à dire qu'il existe, pour chaque être, un au-delà de soi; une possibilité de refuser cette chose à laquelle on donne aujourd'hui un nom vraiment dégoûtant : l'identité ». 

RHINEHART Luke - Vent blanc, noir cavalier

Vent blanc, noir cavalier est un roman de l'écrivain américain Luke RHINEHART (1932-2020).  Aux forges de Vulcain, 2021 (1975), 272 pages.


Faut-il décapiter son épouse pour être en paix avec soi-même ? 

Depuis 1971, Luke Rhinehart chamboule de nombreux lecteurs avec son roman L'Homme-dé,(lire ici), sur le thème du détachement de soi. Quelques années plus tard, ce thème le préoccupait encore, de sorte qu’il reprit sa plume et remplaça les dés par quelques sabres bien affûtés. 

Lors d’une nuit de tempête enneigée du XVIIIe siècle, un temple bouddhiste abandonné devint le refuge de deux amis poètes aux tempéraments bien opposés : Oboko et Izzy. Alors qu'il entend du bruit à l'extérieur, Oboko y découvre le corps enseveli de Matari, une mystérieuse personne qui les bouleversera par sa beauté. Toutefois, Matari est poursuivie par son mari, le puissant Seigneur Arishi, qui a fait le serment de lui couper la tête pour rétablir son honneur conjugal… 

Tout d’abord, remarquons que les éditions Aux forges de Vulcain ont toujours l'art de créer des livres beaux et agréables, pour leurs couvertures, leur papier ou encore leur typographie. Leur lecture est déjà un plaisir en soi sur le plan physique. Cette publication n'y fait pas exception.

Mais la grande réussite de ce roman réside dans son ambiance nippone enneigée. On a froid, on est perdu dans les montagnes, mais on ressent également le réconfort des braises à l’intérieur de ce temple bouddhiste abandonné. L'auteur a réalisé cette immersion sans écrire d'interminables descriptions ; il a simplement placé des touches d'ambiance minimales aux bons endroits. 

L'histoire contient aussi de très bons personnages. Charismatiques, ils construisent l’intensité du récit par la tempête de leurs quêtes et démons respectifs : le détachement et l'amour pour Oboko, la gloire et la fête pour Izzy, la liberté et la fidélité pour Matari, l'honneur et l'intransigeance pour Arishi. Qui est la neige ? Qui est le feu ? Cela dépendra des circonstances et de la capacité de détachement de chacun, tantôt à coup de poésie ou d'humour, tantôt à coup de décapitations. 

On devinera, dans la chasse des noirs cavaliers, la pression de puissants principes sociaux face à la tentative de liberté individuelle portée par le vent blanc. On y verra également le poids des interdits personnels, face au désir et à l'horizon d'un bonheur. Ces névroses et confrontations s’inscrivent dans la droite ligne de l'anticonformisme chez Luke Rhinehart. Elles méritent d’être  méditées tant elles percutent encore pleinement notre époque et nos personnalités.

Si, comme l'affirme notre grand poète Izzy, « Il ne faut jamais remettre au lendemain les boustifailles que l'on peut faire le jour même », c'est également le cas pour la lecture de ce roman. Laissez-vous porter par ce vent blanc de liberté enneigée et d'émotions incandescentes.

Extrait :

«  En apparence, Oboko montait la garde et ses yeux regardaient fixement le sentier qui grimpait le flanc de la montage depuis Samika ; en réalité, il n'aurait peut-être même pas remarqué une armée en marche. Son esprit vagabondait, passait de la joie qu'il avait éprouvée en constatant que son poème avait plu à Matari au tourment de ne pas savoir où Izzy avait passé la nuit précédente, de ne pas savoir ce qu'il faisait à l'heure actuelle dans le temple et, de là, à la perplexité de se répéter sans cesse que cela n'avait aucune importance. Il était énervé, anxieux, extatique, tourmenté ; en un mot, il se sentait vivre ».

CARO Fabrice - Samouraï

Samouraï est un roman de l’écrivain français Fabrice CARO (1973-). Gallimard, 2022, 220 pages. 


Une grenouille peut-elle vaincre un écrivain Samouraï ?

S'il existait une association des Antihéros Anonymes, Fabrice Caro en serait certainement l'animateur, vu son talent pour créer et gérer ce type de protagonistes. Samouraï s'inscrit  pleinement dans ce mouvement avec un nouvel "AA" pas si anonyme que cela : Alan. 

Alan est écrivain. Un écrivain angoissé depuis la publication de son premier roman le même jour que l'éclatement d'un scandale politique sexuel, qui le priva du feu des projecteurs. Pire, Lisa, son ex-compagne, l'acheva d'une remarque foudroyante : « Tu veux pas écrire un roman sérieux ? ». Alan décidera de relever ce défi avec un mental de Samouraï : discipline, concentration et acharnement ! Mais c'était oublier sa promesse de surveiller la piscine des voisins en vacances... 

Samouraï est un roman complètement fidèle à l'humour touchant et décalé de Fabrice Caro. La formule comique de cet auteur est rodée et démontre à nouveau son efficacité : absurdiser et rendre improbables ce qui ressort pourtant de l'ordinaire le plus quotidien, à savoir pour cet opus l'écriture d'un livre, des insectes, une rupture amoureuse, un supermarché, une teinture pour cheveux, ou même l’apparition d'une déconcertante grenouille au bord d'une piscine. 

En fil rouge, le défi auquel s’attelle Alan amène deux réflexions : un roman doit-il être perçu comme sérieux pour être réussi ? Et, surtout, qu’est-ce qu’un roman sérieux ? La persévérance d'Alan dans sa quête de ce roman sérieux l'emmènera sur des pistes diverses et variées, qui sont crédibles mais relèvent parfois d'une attachante naïveté. Les échanges unilatéraux qu'il entretiendra avec son éditrice seront à cet égard drôlement bien révélateurs et embarrassants. 

Le roman sérieux est peut-être celui qui rend compte des désillusions humaines, avec les artifices de l'empathie, de l'absurde et de la dérision. En ce sens, Samouraï est un roman réussi et pleinement sérieux sur la créativité littéraire, la solitude, la concentration et la résilience.

Extrait :

« J’éprouvais la sensation physique que mon corps était le siège de combats permanents entre des bactéries positives porteuses d’élan et les globules blancs de l’inertie qui leur sautaient à la gorge pour les neutraliser, défendant mon système de toute ingérence, de toute velléité de projet. Plus tard, cette sensation s’est répétée régulièrement, cette abdication de tout, surtout durant ma vie commune avec Lisa, et chaque fois Julio Iglesias m’apparaissait physiquement, comme la dame blanche au bord des routes dans les contes de mon enfance pour annoncer un accident à venir, à ceci près que l’apparition de Julio Iglesias n’annonçait rien, il n’était là que pour pointer mes abandons. Il était l’allégorie vivante du forfait, du dépôt de bilan ».

15 avril 2023

GUNZIG Thomas - Le sang des bêtes

Le sang des bêtes est un roman de l'écrivain belge Thomas GUNZIG (1970-). Au diable vauvert, 2022, 223 pages. 


 « Métaphysique de la viande » (1)

Visualisez une salle de sport, des muscles, des compléments alimentaires surprotéinés. Écoutez la fonte qui s’entrechoque. Respirez l'odeur de transpiration. Vous voici dans l'ambiance parfaite pour découvrir ce roman qui, dès sa couverture, replace l’humain dans le monde animal. 

Et au sein de ce monde animal se trouve Tom. Tom est un quinquagénaire, père de famille, accro au sport et au développement des muscles. Il se trouve toutefois au bord de la dépression. Alors qu’il travaille tant bien que mal dans son magasin de nutrition sportive, il se découvre le courage de porter secours à une jeune femme abandonnée et en détresse en face de sa vitrine : N7A. Une personne à l’histoire étrange, qui prétend être une vache sous forme humaine… 

En découvrant l'histoire de Tom, l'on ne peut s'empêcher de penser à Thomas Gunzig lui-même, lui qui vient « d'une famille plutôt intello, où ce qui relevait du sport, du corps, était plutôt déconsidéré » (2) et a « grandi en [se] sentant trop petit, trop maigre, terrifié par l'idée même de la violence physique » (3)  Par ailleurs, le protagoniste ressent aussi des préoccupations juives liées au passé comme l’auteur, lui dont le grand-père est décédé dans un camp de concentration.

L'auteur est ainsi en terrain connu. Il livre une histoire qui transpire la sincérité, en illustrant que des expériences de vie peuvent inspirer une excellente fiction. En l’occurrence, une fiction drôle et rocambolesque, à la touche fantastique par la créature qu'est N7A. Cette histoire, qui malgré cette touche fantastique se situe dans notre quotidien, est captivante en particulier quant à l'évolution des deux personnages centraux en recherche de bonheur que sont Tom et N7A. 

Cette quête de bonheur est guidée par une tension en fil rouge, celle du culte et de la puissance du corps face aux incertitudes et aux fatalités de l'esprit. Ce fil rouge conduira les personnages vers des interrogations relatives au culte de soi, au plaisir sportif, à l'identité, à la vie conjugale, à la culpabilité parentale et à l'éthique face au vivant. Il s’agit ainsi d’une fiction originale remplie de sources d'émotions et de réflexions en tous genres, qui ne laisse aucune place à l’ennui. 

Enfin, cette histoire est un huis clos des relations interpersonnelles. Aucune autorité ou institution n’est mobilisée pour aider N7A dans sa solitude et sa détresse. L'auteur focalise la narration sur les interactions entre les personnages et au sein de la famille de Tom. Il en résulte une histoire empathique et encourageante sur la fierté d'un humain à aider par lui-même autrui, en se détachant par la même occasion de ses propres démons alors même que tout s'effondre.

Si vous recherchez un roman rocambolesque et touchant, avec une panoplie de personnages tourmentés qui cherchent le bonheur entre les muscles et l'esprit, sans être rebuté par un élément fantastique, alors le sang des bêtes coule probablement déjà en vous. Foncez !

 Extrait :

« Elle était si étrange. Il se souvint de la fierté qui l’avait envahi lorsqu’il avait volé à son secours, ça lui avait donné l’impression que telle une rivière de lumière et de joie, l’énergie de la jeunesse coulait à nouveau dans son corps. Durant les deux jours qu’il avait passés avec elle, il avait eu la sensation de donner enfin un sens à son existence mais il y avait surtout eu autre chose : il avait ressenti une formidable excitation à l’idée qu’il ne faisait pas les choses comme son père, son père si lâche qu’il avait laissé mourir sa mère dans une voiture en flammes. Au moment où il était venu en aide à N7A, c’était comme s’il déjouait le scénario que son ascendance avait écrit pour lui : il pouvait refuser d’être une victime et choisir d’être du côté des héros ».



(1) Le titre de cette chronique est indirectement fourni par l'éditeur lui-même, par une erreur d'impression en marge de la page 38 du roman (grand format). Il s'agit en réalité d'une autre publication de ce même éditeur (lien), mais dont le titre convient très bien pour cette chronique. Qu'il en soit ici remercié.  
(2) Ciné Télé Revue, interview au sujet de son roman « Rocky, dernier rivage »;
(3) Ibidem.