09 septembre 2025

PASSERON Anthony - Jacky

Jacky est un roman de l’écrivain français Anthony PASSERON (1983-). Grasset, 2025, 199 pages. 

Une histoire qui cache bien son jeu

Aaah les jeux vidéo... Quelle personne nostalgique des années 80-90 n'a pas connu la joie de recevoir ou d'offrir les premières consoles de salon ? Anthony Passeron nous emmène à cette époque, en retraçant l'origine de ces consoles comme fil rouge d'une histoire d'abandon paternel.

Dans la vallée niçoise, à la fin des années 80, des parents emballent un cadeau de Noël pour leurs jumeaux : une Atari 2600. En offrant cette console de jeu à ses enfants, Jacky leur transmettra sa passion. Et pourtant, ce père joyeux, rieur et aimant, finira par quitter le foyer, assombri par la pression de son travail de boucher et par des épreuves familiales. Plus qu'un divertissement, les jeux vidéo deviendront l'échappatoire de ses deux enfants pour supporter leur quotidien... 

En 2022, dans son premier roman Les enfants endormis, l'auteur abordait déjà la thématique de la famille, autour alors de la question du sida. L'on retrouve dans Jacky l'oncle Désiré et la cousine Emilie, le métier de boucher, la vallée niçoise, les années 80, les conflits de générations, ainsi qu'un narrateur : Anthony. Il s'agit d'un retour vers ce même univers, fictif bien que construit sur une base autobiographique, afin de résoudre cette fois le mystère d'un père : Jacky. 

Jacky cache deux histoires en une. Celle des premiers jeux vidéo structure la narration. En effet, le roman se compose de trois parties du nom des consoles : l'Atari 2600, la NES et la Mega Drive. Par de brefs chapitres, l'auteur synthétise leur émergence ainsi que l'évolution des jeux en présentant quelques titres emblématiques. La nostalgie émergera pour les lecteurs qui ont connu ces consoles. Pour les autres, l'effet sera le même que celui d'une page Wikipédia : informatif. 

Ces chapitres constituent le fil rouge de l'intrigue familiale, à savoir la déliquescence d'une famille par la fatigue, l'abandon, le deuil, la maladie. C'est alors l'émotion et l'empathie qui ressortent du roman, laissant les jeux vidéo au seul rôle de refuge à disposition d'Anthony et de son frère, qui évoluent au milieu d'une vallée d'ennui et dans une familles où les hommes, d'une génération à l'autre,taisent leurs colères et leurs peines. 

Il ne s'agit pas d'une histoire de lamentations. Au contraire, il en ressort une dignité dans la souffrance, avec la volonté de comprendre l'abandon paternel. Pour ces enfants, il s'agira de gérer la culpabilité et d'apaiser l'angoisse face aux bêtises des gens absents. Le point de vue de l'auteur est surtout sociologique : les individus sont déterminés par l'effet du groupe, le rôle de père par la norme sociale du village, le travail par l'émergence de la société de consommation. 

Jacky est un roman touchant qui consolide l'univers narratif et autobiographique d'Anthony Passeron. Il transforme l'histoire des jeux vidéo en porte d'entrée surprenante vers la littérature et vers les émotions que ces deux arts peuvent procurer, voire apaiser, chacun à sa manière.

Extrait :

« De même que la progression technique des consoles de jeux permettait à nos machines de dessiner des paysages de plus en plus nets, il semblait que ma vision du monde des adultes s'affinait peu à peu. Elle ouvrait de nouvelles perspectives qui libéraient sans cesse des interrogations auxquelles je me promettais de trouver un jour une réponse ». 

03 septembre 2025

GAUDE Laurent - Zem

Zem est un roman de l’écrivain français Laurent GAUDE (1972-). Actes Sud, 2025, 268 pages. 

Ciel rouge au pays de l'or froid

En 2022, dans Chien 51 (lire ici), Laurent Gaudé s'essayait à un genre inédit pour lui : la dystopie policière. Dans un État privatisé, l'on y suivait Zem Sparak, policier écorché par le mal du pays, qui prête désormais son prénom au second opus de l'histoire. Alors, quoi de neuf à Magnapole ?

Sous le ciel rougeoyant de cette couverture se trouve une richesse plus cristalline : l'or froid. En effet, à Magnapole, ville rachetée par l'entreprise GoldTex, l'eau des CentMille est le privilège le plus convoité grâce à sa pureté. A quelques jours d'un important moment politique, alors qu'un bateau ramène cinq cents tonnes de cette eau congelée, l'on découvre dans un container cinq cadavres sacrifiés. Cet incident compromettant impliquera d'enquêter au large de Magnapole... 

Autour de cet événement macabre, cette histoire est d'abord celle de retrouvailles insoupçonnées entre Zem Sparak, devenu garde du corps de la figure politique dirigeante Barsok, et son ancienne acolyte éraflée, l'inspectrice Salia Malberg. L'intrigue s'entrelace dans leurs évolutions personnelles depuis Chien 51, tout en rappelant quelques rétroactes permettant aux personnes qui ne connaîtraient pas le premier opus de rentrer dans l'univers de cette histoire.

L'auteur consacre ainsi moins de pages à détailler la société futuriste de Magnapole, pour se focaliser sur le déroulement de l'intrigue, de manière moins confuse et plus rythmée que dans Chien 51. D'ailleurs il n'y a presque plus aucune anticipation à expliquer. Les puissances politiques privées, l'intelligence artificielle, la rareté des produits non pollués et l'exploitation des ressources précieuses sont un simple reflet de notre société et n'étonneront plus aucun lecteur. 

Les enjeux de ce roman se situent en réalité en dehors de Magnapole. Si Chien 51 exploitait l'intérieur de la cité, Zem est orienté vers l'extranéité, l'expédition. L'incident morbide à la source de l'enquête menée par le duo Sparak-Malberg appelle à découvrir un ailleurs, lointain, qui est politiquement étouffé dans la métropole car ce "nouveau monde" ne peut que nourrir la résistance politique et la révolte sociale, qui sont les deux thématiques en fond de cette histoire. 

La nostalgie, qui était le grand thème de Chien 51 dans le sens du mal du pays, est une ambiance qui colore naturellement aussi cette suite. Face au manque d'espoir et au découragement de regarder vers demain, la tentation de se réfugier dans un nouvel hier est toutefois renversée sous l'angle de l'espace. La nostalgie devient l'espoir de meilleurs ailleurs, préservés, plus authentiques, dans lesquels la beauté peut encore se contempler. Un horizon rempli d'émotions. 

Plus clair et rythmé que le premier opus, Zem est un roman policier captivant avec des enjeux de résistance politique et de libération sociale. A l'idée que cet univers inattendu de Laurent Gaudé a probablement atteint sa fin, nous ressentons déjà, comme son protagoniste, quelque nostalgie. 

Extrait :

« Son corps jeune, son énergie rageuse, prête à manger le monde. Et pourtant, il sait que, comme lui, elle n'est plus cette personne, que comme lui, elle a vieilli, que si elle se bat aujourd'hui, ce n'est plus avec l'élan de celle qui croit aux grands lendemains mais avec la tristesse de celle qui sait qu'on lui a volé sa vie et qui veut juste se venger. Il le sait parce qu'ils sont pareils. Ils ont été mordus au même endroit. Ils sont pleins du même dégoût de ce qu'on les a obligés à faire et veulent à tout prix faire disparaître la même tache - qui, pourtant, reste indélébile ». 

14 août 2025

DUBOIS Jean-Paul - La vie me fait peur

La vie me fait peur est un roman de l’écrivain français Jean-Paul DUBOIS (1950-). Éditions du Seuil, 1994, 237 pages. 

Réparation de l'auto-traction 

Ne mélangez pas la famille et le travail ! Ce conseil bien connu, à suivre ou non - selon les familles - résume ce vieux roman de Jean-Paul Dubois publié vingt-cinq ans avant son Goncourt de 2019 (lire ici). Ça parle de tondeuses à gazon, de déboires familiaux, de fuites, de bousculades.

Paul Siegelman est un homme perdu qui survole l'Atlantique. La vie lui fait peur, à ce quadragénaire qui voyage en ressassant son passé familial turbulent. Sa destination est Miami, où son père, exilé, vit une paisible retraite après avoir délégué à sa belle-fille la gestion de son usine florissante de tondeuses. Comment cet homme va-t-il réagir aux mauvaises nouvelles que lui apporte son fils, à savoir son échec conjugal et son licenciement de l'entreprise paternelle ?

Écrivons d'emblée l'unique aspect rebutant de cette lecture : la mentalité de Paul, le narrateur. Ce protagoniste borné, négatif, morne, indécis, qui se laisse entretenir et s'autoflagelle sans cesse, a le don d'agacer, même pour un antihéros. Chaque événement est l'occasion de constater au pire sa lacheté, au mieux sa nonchalance... Bon Dieu, Paul, secoue-toi ! Insurge-toi ! Émancipe-toi et vis ta vie ! Heureusement, son entourage forme une compagnie de lecture moins fatigante.

Toutefois, ce tempérament ne vient pas de nulle part. A travers cette histoire, Jean-Paul Dubois nous illustre que la vie peut effrayer car elle est parsemée de séparations qui nous jettent dans l'inconnu, la nostalgie et l'insécurité. Qu'il s'agisse des séparations entre parents et enfants, entre un patron bienveillant et ses ouvriers, entre des époux ou des amants, entre des aspirations et la réalité. Il peut ainsi devenir difficile, à un certain stade de la vie, d'avancer avec enthousiasme.

L'écriture est cohérente avec la figure du narrateur, c'est-à-dire sobre et sans prétentions. L'auteur développe l'histoire de Paul avec une forme de tendresse, de bons traits d'humour, mais surtout avec quelques bousculades bienvenues. « En donnant l'impression de ne pas me respecter moi-même, j'ai encouragé les autres à me traiter avec légèreté », comprendra Paul, afin de réconcilier son mode de vie avec ses aspirations profondes : la paix et la tranquillité. 

La vie me fait peur est une histoire de séparations et d'évolution personnelle, celle d'un protagoniste perdu dans une existence qui ne lui convient pas. Un roman léger, au style sobre, agréable, mais qui donne parfois l'envie de pousser le narrateur sous la tondeuse. 

Extrait :

« Comment expliquer tout cela à Raoul Siegelman, et surtout pourquoi avoir entrepris ce voyage ? Assis à l'arrière de ce triréacteur, je suis en proie à une foule de sentiments contradictoires. Il en est un cependant qui domine, s'imposant à tous les autres : malgré mon âge, ma taille et mon poids d'adulte, je me fais l'effet d'un enfant paniqué qui se précipite dans les bras de son père ».

23 juillet 2025

ROUCHON-BORIE Dimitri - Fariboles

Fariboles est un recueil de l’écrivain français Dimitri ROUCHON-BORIE (1977-). Le Tripode, 2022, 154 pages. 

Côté cour, côté justice

Si, comme l'écrivait Shakespeare, « le monde entier est un théâtre et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs », l'activité judiciaire en est certainement l'une des plus belles scènes.  Un théâtre toutefois avec la réalité en coulisses, comme nous le rappelle ce petit livre. 

Sur la base de ses observations comme chroniqueur judiciaire en Bretagne, agrémentées de son imagination, l'auteur a compilé des scènes illustrant les déboires judiciaires de personnes d’apparence pourtant ordinaire. Agressions sexuelles en famille, prévenus alcoolisés à l'audience, phobie des gendarmes, chevreuil qui « se chasse lui-même » en se jetant sur une voiture, troubles de voisinage, Fariboles est un théâtre du judiciaire tel qu'il se joue d'une audience à l'autre.

Il s'agit d'un petit ouvrage dont il est difficile de présenter le genre. Du dialogue d'audience de quelques lignes jusqu'aux histoires romancées de plusieurs pages, l'ensemble de ces fariboles, une trentaine au total, apparaît aussi varié que les histoires judiciaires racontées. Un recueil très pratique pour de petits instants de lecture, bien qu'il soit difficile de s'arrêter ! Humour, cocasserie, mais aussi gravité et empathie rendent cette comédie sociale addictive. 

Si les fariboles sont définies par le Larousse comme des « propos sans valeur » ou des « choses vaines et frivoles », ce recueil dépasse la simple compilation d'anecdotes sans utilité. En effet, il pousse à une réflexion sur la fonction de juger et sur cette justice qui n'est juste que si elle est comprise par les intéressés. Ces fragments laissent aussi imaginer qu'il ne s'agit que la partie visible de la scène ; l'on aperçoit, dissimulés dans l'ombre, les sombres coulisses de notre société.

Petit ouvrage addictif, agréable à lire sur la forme et intéressant sur le fond, ces fariboles offrent au lecteur un éventail d'affaires, de la plus cocasse à la plus grave, qui dévoilent la réalité humaine ordinaire derrière le passionnant théâtre qu'est la justice. 

Extrait :

« L'avocat pose une main de franche camaraderie sur l'épaule du bouledogue. Qui la repousse d'un coup d'épaule hargneux, mais contenu. L'avocat retire sa main, comme on fait quand ça brûle. Il regarde la présidente. Elle ne moufte pas. Mais quelque chose s'éclaire dans son regard, à la manière d'une forte envie d'éclater de rire ». 

12 juillet 2025

KING Stephen - Salem

Salem est un roman de l’écrivain américain Stephen KING (1947-). JC Lattès, 2006 (1975), 830 pages. 

Dracula au pays de l'Oncle Ben

Un demi siècle ! Il y a déjà cinquante ans, soit en 1975, que le king du frisson littéraire, alors tout jeune romancier, voyait son deuxième roman publié : Salem. Une œuvre imposante autour de la figure du vampire, qui passera sous les yeux de plusieurs générations de lecteurs.

Au commencement de l'histoire se trouve Ben Mears. Ben est un romancier qui revient dans la ville de Jerusalem's lot, dans le Maine, vingt-quatre ans après l'avoir quittée alors qu'il était enfant, pour y écrire un roman sur « la faculté du mal à renaître »A peine arrivé, il apprend que Marsten House, une demeure inhabitée depuis des décennies du fait de sa réputation maléfique, a été vendue à de mystérieux étrangers dont la priorité a été d'installer de nouveaux volets...  

Bien entendu, Stephen King n'a pas inventé les vampires. Le récit vampirique se popularise à partir du 18e siècle dans l’essor des genres romantique et gothique. L'originalité est ici de l'inscrire dans un genre plus réaliste, américain, car il s'agit avant tout de l'histoire d'une ville, de sa population, avec les mœurs et le quotidien de l'Amérique des années 1970. L'esthétique d'ambiance, l'effroi et les sentiments des personnages ne sont que des invités dans cette réalité.

Il en résulte une longue mise en place, de plus de cent pages, dans laquelle, outre l'arrivée de Ben Mears, nous découvrons la vie d'une journée à Salem. Cette immersion paraîtra laborieuse au lecteur pressé d'être emporté par des pages haletantes et mouvementées. Heureusement, la (longue) suite contient des événements plus captivants, des dialogues à rebondissements réussis, ainsi que la possibilité de l'un ou l'autre frisson à condition de lire dans une ambiance nocturne. 

Ce huis clos local, dans lequel un romancier et ses acolytes s'improvisent chasseurs de vampires, questionne sur la capacité, tant de l'individu que de nos sociétés, à lutter contre les menaces internes et la peur de l'épidémie. A Salem, face au Mal, les enfants sont plus déterminés que la police, les croyances plus puissantes que la rationalité, et la combativité de quelques-uns, parfois naïve, combat les pulsions de mort. Salem est un revigorant citytrip d'introspection sociétale. 

Ce roman quinquagénaire reste efficace. Si la thématique vampirique n'est pas très originale et que la mise en place de l'histoire peut sembler longue, il s'agit d'une réussite par son intrigue finalement captivante, ses dialogues et sa dimension réaliste et sociétale sous-jacente. 

Extrait :

« Cody monta à Marten House par Brooks Road, et Donald Callahan, qui avait rarement vu la maison sous cet angle, eut cette pensée soudaine : Oui, elle surveille la ville, comme une sentinelle. C'est curieux, cela ne m'a jamais frappé auparavant. C'est un poste d'observation idéal, là-haut, juste au-dessus du croisement de Jointer Avenue et de Brock Street. La hauteur parfaite, un champ de vision sur Salem quasiment à trois cent soixante degrés. La bâtisse était énorme et tortueuse, et avec ses volets fermés, elle frappait l'imagination - un sarcophage démesuré, un monolithe, un symbole de malédiction ». 

15 janvier 2025

GAUDE Laurent - Chien 51

Chien 51 est un roman de l’écrivain français Laurent GAUDE (1972-). Actes Sud, 2022, 288 pages. 

Nostalgie intérieure brute

La nostalgie est un sentiment aux multiples saveurs. Dans son étymologie grecque, il s'agit du mal du pays. C'est précisément vers ce sens originel et vers la Grèce que nous emmène Laurent Gaudé dans ce roman policier dystopique, un genre inédit dans la bibliographie de cet auteur.

Peu après le rachat de la Grèce par la puissante entreprise privée GoldTex, Zem Sparak fut déporté à Magnapole où il devint un "chien". Il y renifle les pistes criminelles. Dans cette ville aux pluies acides, divisée en zones sociales, Zem supporte son mal du pays par une drogue qui le plonge dans les souvenirs vécu à Athènes, ainsi que par son travail. En particulier lorsqu'il devra enquêter, sous l'autorité de l'inspectrice Salia Malberg, sur un crime à la dimension politique...

Loin d'une histoire canine, Chien 51 se trouve à la croisée du roman policier et de la science-fiction. Un pari risqué pour son auteur qui n'avait jamais écrit de romans dans ces registres. Cela se ressent dans l'un ou l'autre passage confus mais, outre leur utilisation globalement réussie, ces genres apparaissent avant tout comme le prétexte à des affaires romanesques qui les dépassent et desquelles Laurent Gaudé est rôdé : les sentiments, les émotions, l'interrogation, la beauté.

D'une part, le passé complexe de Zem Sparak ainsi que l'enquête policière sont une source d'émotions et de sentiments. Au travers de multiples flashbacks et rebondissements, ainsi que par l'évolution du binôme constitué de Sparak et Salia, l'histoire entraîne le lecteur dans des luttes de pouvoir, de l'injustice, de la domination, mais surtout du deuil et la nostalgie de cette Grèce disparue. Il s'agit d'une histoire humaine profonde, palpitante jusqu'à la dernière page.  

D'autre part, le genre de la science-fiction apporte à cette histoire de l'interrogation sociétale ainsi qu'une beauté mélancolique. A l'heure des libéralisations et des PIB de certains États qui font pâle figure au regard de certaines fortunes privées, le rachat d'un pays et ses conséquences n'apparaissent plus si farfelus... Toutefois, ce qui marque le plus, c'est l'atmosphère dystopique, froide, sale, acide, qui fournit une forme de beauté en négatif à ce roman ; une immersion totale.

Malgré quelques passages plus confus, Chien 51 est une audace littéraire réussie qui convainc par son approche dystopique et policière de la nostalgie. Puisse son atmosphère être honorée au cinéma, puisque l'adaptation de ce roman est prévue pour octobre 2025.

Extrait :

« C'est puissant là-bas. On sent l'invisible qui nous embrasse. Vous croyez qu'ils peuvent acheter ça ? Ou le détruire ? Vous croyez qu'on peut tuer le centre du monde et le cœur des mystères ? Les soirs d'été, lorsque le soleil décline doucement, c'est l'immortalité qui vous glisse sur la peau, là-bas. Aujourd'hui, je le sais, c'étaient les plus beaux moments de ma vie. Alors, c'est là que je vais. Et tant pis s'il n'y a plus rien. Chacun a le droit de finir là où il veut. Peut-être restera-t-il quelque chose pour me saluer ? Le vent, au moins, me reconnaîtra. Il ne faut pas oublier Delphes. Ils pensent pouvoir acheter ce qu'ils veulent, tout détruire, tout salir. Mais il faut bien qu'un d'entre nous aille là-bas. Sinon, qui va prévenir Delphes de ce qui arrive au monde ? C'est un honneur de veiller sur la beauté immobile, un honneur de se laisser traverser par le temps. Rien ne nous appartient. C'est cela, au fond, que je suis : le gardien de ce qui ne nous appartient pas ».