14 août 2025

DUBOIS Jean-Paul - La vie me fait peur

La vie me fait peur est un roman de l’écrivain français Jean-Paul DUBOIS (1950-). Éditions du Seuil, 1994, 237 pages. 

Réparation de l'auto-traction 

Ne mélangez pas la famille et le travail ! Ce conseil bien connu, à suivre ou non - selon les familles - résume ce vieux roman de Jean-Paul Dubois publié vingt-cinq ans avant son Goncourt de 2019 (lire ici). Ça parle de tondeuses à gazon, de déboires familiaux, de fuites, de bousculades.

Paul Siegelman est un homme perdu qui survole l'Atlantique. La vie lui fait peur, à ce quadragénaire qui voyage en ressassant son passé familial turbulent. Sa destination est Miami, où son père, exilé, vit une paisible retraite après avoir délégué à sa belle-fille la gestion de son usine florissante de tondeuses. Comment cet homme va-t-il réagir aux mauvaises nouvelles que lui apporte son fils, à savoir son échec conjugal et son licenciement de l'entreprise paternelle ?

Écrivons d'emblée l'unique aspect rebutant de cette lecture : la mentalité de Paul, le narrateur. Ce protagoniste borné, négatif, morne, indécis, qui se laisse entretenir et s'autoflagelle sans cesse, a le don d'agacer, même pour un antihéros. Chaque événement est l'occasion de constater au pire sa lacheté, au mieux sa nonchalance... Bon Dieu, Paul, secoue-toi ! Insurge-toi ! Émancipe-toi et vis ta vie ! Heureusement, son entourage forme une compagnie de lecture moins fatigante.

Toutefois, ce tempérament ne vient pas de nulle part. A travers cette histoire, Jean-Paul Dubois nous illustre que la vie peut effrayer car elle est parsemée de séparations qui nous jettent dans l'inconnu, la nostalgie et l'insécurité. Qu'il s'agisse des séparations entre parents et enfants, entre un patron bienveillant et ses ouvriers, entre des époux ou des amants, entre des aspirations et la réalité. Il peut ainsi devenir difficile, à un certain stade de la vie, d'avancer avec enthousiasme.

L'écriture est cohérente avec la figure du narrateur, c'est-à-dire sobre et sans prétentions. L'auteur développe l'histoire de Paul avec une forme de tendresse, de bons traits d'humour, mais surtout avec quelques bousculades bienvenues. « En donnant l'impression de ne pas me respecter moi-même, j'ai encouragé les autres à me traiter avec légèreté », comprendra Paul, afin de réconcilier son mode de vie avec ses aspirations profondes : la paix et la tranquillité. 

La vie me fait peur est une histoire de séparations et d'évolution personnelle, celle d'un protagoniste perdu dans une existence qui ne lui convient pas. Un roman léger, au style sobre, agréable, mais qui donne parfois l'envie de pousser le narrateur sous la tondeuse. 

Extrait :

« Comment expliquer tout cela à Raoul Siegelman, et surtout pourquoi avoir entrepris ce voyage ? Assis à l'arrière de ce triréacteur, je suis en proie à une foule de sentiments contradictoires. Il en est un cependant qui domine, s'imposant à tous les autres : malgré mon âge, ma taille et mon poids d'adulte, je me fais l'effet d'un enfant paniqué qui se précipite dans les bras de son père ».