15 mai 2023

CARO Fabrice - Samouraï

Samouraï est un roman de l’écrivain français Fabrice CARO (1973-). Gallimard, 2022, 220 pages. 


Une grenouille peut-elle vaincre un écrivain Samouraï ?

S'il existait une association des Antihéros Anonymes, Fabrice Caro en serait certainement l'animateur, vu son talent pour créer et gérer ce type de protagonistes. Samouraï s'inscrit  pleinement dans ce mouvement avec un nouvel "AA" pas si anonyme que cela : Alan. 

Alan est écrivain. Un écrivain angoissé depuis la publication de son premier roman le même jour que l'éclatement d'un scandale politique sexuel, qui le priva du feu des projecteurs. Pire, Lisa, son ex-compagne, l'acheva d'une remarque foudroyante : « Tu veux pas écrire un roman sérieux ? ». Alan décidera de relever ce défi avec un mental de Samouraï : discipline, concentration et acharnement ! Mais c'était oublier sa promesse de surveiller la piscine des voisins en vacances... 

Samouraï est un roman complètement fidèle à l'humour touchant et décalé de Fabrice Caro. La formule comique de cet auteur est rodée et démontre à nouveau son efficacité : absurdiser et rendre improbables ce qui ressort pourtant de l'ordinaire le plus quotidien, à savoir pour cet opus l'écriture d'un livre, des insectes, une rupture amoureuse, un supermarché, une teinture pour cheveux, ou même l’apparition d'une déconcertante grenouille au bord d'une piscine. 

En fil rouge, le défi auquel s’attelle Alan amène deux réflexions : un roman doit-il être perçu comme sérieux pour être réussi ? Et, surtout, qu’est-ce qu’un roman sérieux ? La persévérance d'Alan dans sa quête de ce roman sérieux l'emmènera sur des pistes diverses et variées, qui sont crédibles mais relèvent parfois d'une attachante naïveté. Les échanges unilatéraux qu'il entretiendra avec son éditrice seront à cet égard drôlement bien révélateurs et embarrassants. 

Le roman sérieux est peut-être celui qui rend compte des désillusions humaines, avec les artifices de l'empathie, de l'absurde et de la dérision. En ce sens, Samouraï est un roman réussi et pleinement sérieux sur la créativité littéraire, la solitude, la concentration et la résilience.

Extrait :

« J’éprouvais la sensation physique que mon corps était le siège de combats permanents entre des bactéries positives porteuses d’élan et les globules blancs de l’inertie qui leur sautaient à la gorge pour les neutraliser, défendant mon système de toute ingérence, de toute velléité de projet. Plus tard, cette sensation s’est répétée régulièrement, cette abdication de tout, surtout durant ma vie commune avec Lisa, et chaque fois Julio Iglesias m’apparaissait physiquement, comme la dame blanche au bord des routes dans les contes de mon enfance pour annoncer un accident à venir, à ceci près que l’apparition de Julio Iglesias n’annonçait rien, il n’était là que pour pointer mes abandons. Il était l’allégorie vivante du forfait, du dépôt de bilan ».