Dissipatio H.G. est un roman de l’écrivain italien Guido MORSELLI (1912-1973). Rivages, 2022 (1977), 167 pages.
Évaporation philosophique
Que penser et que faire lorsqu'on découvre être, du jour au lendemain, le dernier humain sur Terre ? Pour répondre (ou non) à cette question : Guido Morselli, un écrivain italien présenté, en bandeau de cette édition, comme un "cousin grognon de Huysmans et Houellebecq". Ambiance.
Dissipatio H.G., pour dissipatio humani generis, est l’histoire d’un homme qui revient d’une caverne alors qu’il avait décidé de s’y suicider. Au réveil, chez lui, d'une seconde tentative avortée, il découvre que les humains ont disparu, comme s’ils s’étaient évaporés. Leurs affaires intactes sont encore là, des voitures accidentées jonchent les routes, mais nulle trace d’une quelconque personne. Il ne reste que la vie animale et végétale aux cotés de ce dernier homme.
Avec ce thème, nous sommes évidemment loin d'un roman joyeux ou même initiatique. En effet, bien que le narrateur explore divers endroits d'une société vidée de ses occupants, il s'agit surtout d'un huis clos mental rempli de réflexions psycho-théo-philosophiques. Plus grave, le vocabulaire abscons et les nombreuses locutions latines (non traduites) rendent tout cela inintelligible. Ce labeur pour comprendre, en vain, l'histoire et les pensées du narrateur, gâche le plaisir de lire.
Entre la solitude et l'effroi vertigineux du narrateur, quelques passages sont toutefois plutôt cocasses : plantations de comprimés de tranquillisants pour faire pousser de meilleurs humains, calcul de l’écoulement des jours à travers la moisissure d’un fromage, ou simulation d'une ambiance de kermesse à l’aide de mannequins en plastique et de papier mâché. Ce qui donne trois sourires au cours de ces 167 pages de pesanteur ésotérique. Ouf, on évite la crise d'angoisse.
Que tirer en fil rouge de ce brouillard littéraire ? Difficile à dire. L'on devine quelques grandes idées. La critique d'une humanité dont l'obsession est de fabriquer des objets, de l'utilitaire. La critique d'un monde qui oppresse la nature, désormais délivrée de la présence humaine. L'on devine surtout l'expression de la solitude, à travers son narrateur, d'un écrivain incompris, lui qui se suicida (avec plus de succès que son narrateur) après l'échec éditorial de ce roman.
Roman d'introspection hermétique, Dissipatio H.G. correspond à sa couverture : dans un monde vide, au milieu de nuages inquiétants, un homme sombre s'évapore seul dans sa bulle. Pour ce qui est de la filiation publicitaire établie avec Huysmans et Houellebecq, on la cherche encore.
Extrait :
« A Klaus, là où ma vallée finit en plaine, je longe une usine. Sur son mur d'enceinte, une inscription à gros caractères : Nos détergents sont biodégradables à 93 %. Entre-temps, fabricants et clients ont été biodégradés à 100 %. Les bouquetins s'en sont rendu compte et en profitent ».
