Salem est un roman de l’écrivain américain Stephen KING (1947-). JC Lattès, 2006 (1975), 830 pages.
Dracula au pays de l'Oncle Ben
Un demi siècle ! Il y a déjà cinquante ans, soit en 1975, que le king du frisson littéraire, alors tout jeune romancier, voyait son deuxième roman publié : Salem. Une œuvre imposante autour de la figure du vampire, qui passera sous les yeux de plusieurs générations de lecteurs.
Au commencement de l'histoire se trouve Ben Mears. Ben est un romancier qui revient dans la ville de Jerusalem's lot, dans le Maine, vingt-quatre ans après l'avoir quittée alors qu'il était enfant, pour y écrire un roman sur « la faculté du mal à renaître ». A peine arrivé, il apprend que Marsten House, une demeure inhabitée depuis des décennies du fait de sa réputation maléfique, a été vendue à de mystérieux étrangers dont la priorité a été d'installer de nouveaux volets...
Bien entendu, Stephen King n'a pas inventé les vampires. Le récit vampirique se popularise à partir du 18e siècle dans l’essor des genres romantique et gothique. L'originalité est ici de l'inscrire dans un genre plus réaliste, américain, car il s'agit avant tout de l'histoire d'une ville, de sa population, avec les mœurs et le quotidien de l'Amérique des années 1970. L'esthétique d'ambiance, l'effroi et les sentiments des personnages ne sont que des invités dans cette réalité.
Il en résulte une longue mise en place, de plus de cent pages, dans laquelle, outre l'arrivée de Ben Mears, nous découvrons la vie d'une journée à Salem. Cette immersion paraîtra laborieuse au lecteur pressé d'être emporté par des pages haletantes et mouvementées. Heureusement, la (longue) suite contient des événements plus captivants, des dialogues à rebondissements réussis, ainsi que la possibilité de l'un ou l'autre frisson à condition de lire dans une ambiance nocturne.
Ce huis clos local, dans lequel un romancier et ses acolytes s'improvisent chasseurs de vampires, questionne sur la capacité, tant de l'individu que de nos sociétés, à lutter contre les menaces internes et la peur de l'épidémie. A Salem, face au Mal, les enfants sont plus déterminés que la police, les croyances plus puissantes que la rationalité, et la combativité de quelques-uns, parfois naïve, combat les pulsions de mort. Salem est un revigorant citytrip d'introspection sociétale.
Ce roman quinquagénaire reste efficace. Si la thématique vampirique n'est pas très originale et que la mise en place de l'histoire peut sembler longue, il s'agit d'une réussite par son intrigue finalement captivante, ses dialogues et sa dimension réaliste et sociétale sous-jacente.
Extrait :
« Cody monta à Marten House par Brooks Road, et Donald Callahan, qui avait rarement vu la maison sous cet angle, eut cette pensée soudaine : Oui, elle surveille la ville, comme une sentinelle. C'est curieux, cela ne m'a jamais frappé auparavant. C'est un poste d'observation idéal, là-haut, juste au-dessus du croisement de Jointer Avenue et de Brock Street. La hauteur parfaite, un champ de vision sur Salem quasiment à trois cent soixante degrés. La bâtisse était énorme et tortueuse, et avec ses volets fermés, elle frappait l'imagination - un sarcophage démesuré, un monolithe, un symbole de malédiction ».
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