Zem est un roman de l’écrivain français Laurent GAUDE (1972-). Actes Sud, 2025, 268 pages.
En 2022, dans Chien 51 (lire ici), Laurent Gaudé s'essayait à un genre inédit pour lui : la dystopie policière. Dans un État privatisé, l'on y suivait Zem Sparak, policier écorché par le mal du pays, qui prête désormais son prénom au second opus de l'histoire. Alors, quoi de neuf à Magnapole ?
Sous le ciel rougeoyant de cette couverture se trouve une richesse plus cristalline : l'or froid. En effet, à Magnapole, ville rachetée par l'entreprise GoldTex, l'eau des CentMille est le privilège le plus convoité grâce à sa pureté. A quelques jours d'un important moment politique, alors qu'un bateau ramène cinq cents tonnes de cette eau congelée, l'on découvre dans un container cinq cadavres sacrifiés. Cet incident compromettant impliquera d'enquêter au large de Magnapole...
Autour de cet événement macabre, cette histoire est d'abord celle de retrouvailles insoupçonnées entre Zem Sparak, devenu garde du corps de la figure politique dirigeante Barsok, et son ancienne acolyte éraflée, l'inspectrice Salia Malberg. L'intrigue s'entrelace dans leurs évolutions personnelles depuis Chien 51, tout en rappelant quelques rétroactes permettant aux personnes qui ne connaîtraient pas le premier opus de rentrer dans l'univers de cette histoire.
L'auteur consacre ainsi moins de pages à détailler la société futuriste de Magnapole, pour se focaliser sur le déroulement de l'intrigue, de manière moins confuse et plus rythmée que dans Chien 51. D'ailleurs il n'y a presque plus aucune anticipation à expliquer. Les puissances politiques privées, l'intelligence artificielle, la rareté des produits non pollués et l'exploitation des ressources précieuses sont un simple reflet de notre société et n'étonneront plus aucun lecteur.
Les enjeux de ce roman se situent en réalité en dehors de Magnapole. Si Chien 51 exploitait l'intérieur de la cité, Zem est orienté vers l'extranéité, l'expédition. L'incident morbide à la source de l'enquête menée par le duo Sparak-Malberg appelle à découvrir un ailleurs, lointain, qui est politiquement étouffé dans la métropole car ce "nouveau monde" ne peut que nourrir la résistance politique et la révolte sociale, qui sont les deux thématiques en fond de cette histoire.
La nostalgie, qui était le grand thème de Chien 51 dans le sens du mal du pays, est une ambiance qui colore naturellement aussi cette suite. Face au manque d'espoir et au découragement de regarder vers demain, la tentation de se réfugier dans un nouvel hier est toutefois renversée sous l'angle de l'espace. La nostalgie devient l'espoir de meilleurs ailleurs, préservés, plus authentiques, dans lesquels la beauté peut encore se contempler. Un horizon rempli d'émotions.
Plus clair et rythmé que le premier opus, Zem est un roman policier captivant avec des enjeux de résistance politique et de libération sociale. A l'idée que cet univers inattendu de Laurent Gaudé a probablement atteint sa fin, nous ressentons déjà, comme son protagoniste, quelque nostalgie.
Extrait :
« Son corps jeune, son énergie rageuse, prête à manger le monde. Et pourtant, il sait que, comme lui, elle n'est plus cette personne, que comme lui, elle a vieilli, que si elle se bat aujourd'hui, ce n'est plus avec l'élan de celle qui croit aux grands lendemains mais avec la tristesse de celle qui sait qu'on lui a volé sa vie et qui veut juste se venger. Il le sait parce qu'ils sont pareils. Ils ont été mordus au même endroit. Ils sont pleins du même dégoût de ce qu'on les a obligés à faire et veulent à tout prix faire disparaître la même tache - qui, pourtant, reste indélébile ».
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